Vous avez mis en œuvre tout ou partie du modèle opératoire Demand Driven pour piloter vos opérations, donc vous devriez être prêts à faire face à des situations d’incertitude.

Cependant la période actuelle présente un niveau inédit de perturbation.

Vos usines, fournisseurs ou clients sont peut-être à l’arrêt ou extrêmement ralentis. Peut-être au contraire êtes-vous face à une demande exceptionnelle et à une surchauffe car vous opérez dans le domaine de la santé.

Une chose est certaine : l’effet coup de fouet est déjà à l’œuvre, et va perdurer à un niveau extrême dans les mois à venir, ce qui peut être dévastateur.

Quelles sont les pratiques à recommander à court terme pour utiliser au mieux votre modèle opératoire piloté par la demande ? Quels enseignements tirer de cette situation pour améliorer votre modèle à l’avenir ?

L’intention de ce billet est de donner quelques pistes, mais il n’a pas la prétention d’être exhaustif – son auteur n’a jamais été confronté à une telle situation, et ne détient pas les solutions. Donc n’hésitez pas à réagir et à apporter votre pierre à l’édifice pour que nous apprenions tous ensemble.

Exploitez les priorités relatives

Il y a de forts risques que soit vous ne puissiez pas répondre à l’ensemble de la demande, soit que vous ayez besoin de prendre de l’avance par rapport à ce que vos clients vous appellent à court terme. DDMRP vous permet d’identifier les priorités relatives et de gérer de la manière la plus équilibrée possible les situations de pénurie ou d’excès.

Surveillez d’un œil critique les pics de demande

Plus que jamais on voit actuellement des demandes ponctuelles exceptionnelles, et pas seulement sur le papier toilette… Analysez les pics de demande que vous constatez et n’hésitez pas à les questionner ! Vous risquez d’envoyer vos stocks stratégiques à un client qui a peur de manquer, mais qui va finir en surstock et ne vous commandera plus rien pendant longtemps.

Peut-être avez-vous avec vos clients B2B des minimums de commande qui génèrent des demandes ponctuelles importantes. Vous livrez par exemple à des distributeurs qui commandent une fois par mois, ou vos commerciaux offrent des rabais pour des commandes supérieures à un certain seuil. La dernière chose que vous souhaitez en ce moment c’est de faire face à des demandes ponctuelles inadaptées – c’est peut-être le moment de proposer temporairement des expéditions plus fréquentes en plus petite quantité.

Si vous avez mis en place une gestion partagée des approvisionnements avec vos clients (VMI) et que vous avez la visibilité sur leurs stocks et leurs consommations effectives, vous pourrez gérer cette phase au plus près. Pas encore en VMI ? Pensez-y pour le futur !

Gérez avec encore plus de discipline, au jour le jour, les priorités de planification et les alertes d’exécution

La variabilité d’approvisionnement et de demande est extrême. Plus que jamais mettez en œuvre une discipline opérationnelle au quotidien plutôt qu’à la semaine. Pilotez vos buffers de temps dans l’atelier à minima une fois par équipe. Traitez de manière disciplinée toutes les exceptions.

Adaptez le calcul de votre CMJ

Votre modèle opératoire intègre un mode de calcul des consommations moyennes jour pour dimensionner vos buffers, mais ce modèle a été élaboré en temps de paix. Il y a de forts risques que l’élément de demande qui entre dans le dimensionnement de vos boucles de réapprovisionnement soit plus incertain que jamais, et que la mécanique de calcul soit temporairement inadaptée.

Si par exemple vous calculez tout ou partie de votre CMJ sur les historiques récents d’expédition, et que vos expéditions sont très ralenties voire interrompues, vos buffers vont diminuer trop fortement.

Il vous faut donc réévaluer votre mode de calcul de la CMJ pour obtenir la moins mauvaise estimation de demande applicable  aujourd’hui.

N’oubliez pas une chose : le driver de demande sur le marché, les véritables besoins de consommateurs finaux, ne devrait pas très fortement changer une fois la crise passée. Ces changements sur le moyen terme ne devraient être que de quelques %, peut être par exemple à -5 ou -10%. Nous allons continuer à nous alimenter, à nous laver, à nous soigner, ou à consommer des produits high tech.

Si vous calculez votre CMJ sur historique, allongez vos horizons de référence pour lisser les effets. Vous pouvez aussi exclure une période que vous estimez trop perturbée. Si vous intégrez des prévisions assurez vous que vos prévisionnistes travaillent plus que jamais sur les informations de consommation finale (sell out), et à niveau agrégé.

Spoiler : vos CMJ seront fausses, et sans doute plus éloignées que d’habitude de ce qu’il va réellement se passer. Peut-être est-il pertinent d’accroître vos zones rouges en augmentant temporairement les facteurs de variabilité.

Evaluez les scénarios dans votre DD S&OP

Toutes vos prévisions et votre S&OP viennent d’être dynamitées. L’avenir est totalement incertain. Tout ce que vous pouvez faire c’est établir une série de scénarios – optimistes, pessimistes – avec vos équipes en contact avec le marché. Evaluez l’impact de ces scénarios sur l’évolution de vos buffers et la charge de vos points de contrôle avec votre module DD S&OP (Replenishment+ APM).

Décidez des adaptations de schémas capacitaires et de buffers et appliquez-les au travers des facteurs d’ajustement planifiés.

Anticipez mais ne décidez pas trop tôt

Adaptez vos buffers en fonction des scénarios DD S&OP et mettez en place un processus de surveillance plus rapproché que d’habitude. Utilisez les analytiques de votre modèle opératoire pour détecter les déséquilibres et écarts significatifs. Votre équipe de réconciliation tactique doit sans doute effectuer une revue toutes les semaines plutôt qu’une fois par mois.

N’hésitez pas à réduire vos zones vertes pour une adaptation plus fréquente, ainsi que vos délais découplés lorsqu’ils sont le reflet d’un horizon de planification figé. Plus vous vous adapterez fréquemment et au plus près des délais de réaction possible, mieux vous vous adapterez.

Mettez le flux au centre du jeu, luttez contre les réductions de coût court-termistes !

D’ores et déjà on voit apparaître, en particulier dans les grands groupes, des décisions drastiques : gel ou annulation de tous les projets, arrêts de tous intérimaires, mise en chômage partiel de toutes les équipes, préparation de plans de licenciement, etc.

Aucun doute que cette crise va avoir des impacts économiques et mettre sous stress la trésorerie de plusieurs entreprises, et des mesures conservatoires doivent être prises.

N’oublions pas que le flux est au cœur de la pérennité de l’entreprise, et de son adaptation aux prochaines turbulences. Veillez à ce qu’il reste au cœur des décisions de direction, dans un temps où la réduction des coûts va être l’alpha et l’omega de certains. Le processus d’Adaptive S&OP va vous y aider si vous l’avez mis en place.

Et surtout préparez l’avenir. Si vous avez commencé votre transformation Demand Driven, accélérez-là, car la vitesse d’évolution de l’environnement s’accélère.

Si vous n’avez pas encore engagé cette transformation et êtes toujours dans un modèle piloté sur prévision, il est plus qu’urgent de reconcevoir votre modèle pour le rendre agile et résilient !