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ERP, SaaS, AI – comment garder le nord ?

Rédigé par Bernard Milian | 23 févr. 2026 03:26:25

Des injonctions disparates

Nous rencontrons ces temps-ci des responsables d’entreprise déboussolés. Ils sont pris entre des injonctions disparates, du type suivant :

  • Leur DSI argumente qu’il faut tout mettre dans l’ERP – surtout si l’entreprise est germanique et l’ERP est SAP. L’ERP sait tout faire selon ses thuriféraires.
  • D’autres leurs conseillent de réduire le périmètre de l’ERP au rôle de colonne vertébrale transactionnelle de l’entreprise, et de déporter le décisionnel vers des solutions spécialisées « best of breed » (du type d’Intuiflow) dont l’avènement du SaaS a facilité l’adoption.
  • Enfin on voit de plus en plus de discours sur le fait que l’intelligence artificielle va rebattre toutes ces cartes – pourquoi s’embêter avec tout ça alors qu’il va suffire d’un prompt bien troussé pour que Claude / Gemini / Chatgpt ou autres vous fournissent des agents qui automatisent les processus de votre entreprise ? D’aucuns prédisent que c’est la fin des solutions Best of Breed, et ont même inventé le terme de « SaaSpocalypse » pour en décrire les effets. Les dernières annonces d’Anthropic ont causé une plongée des valorisations d’entreprises logicielles.

Le point de vue du chef d’entreprise

Mettez-vous dans les bottes de ce chef d’entreprise industrielle exposé à ces messages – une entreprise de taille moyenne ou intermédiaire, ou un établissement au sein d’un grand groupe. Son ERP date d’une décennie ou plus. Le mettre à jour à la dernière version en date est un gros chantier, qui risque de mobiliser d’énormes ressources pendant une paire d’années.

Il y a eu des initiatives de digitalisation qui ont donné des résultats mitigés – on est encore en train d’essayer de tirer partie de ce MES ou de ce WMS, mais la qualité des données et la discipline d’utilisation laisse à désirer.

Ce chef d’entreprise a organisé avec son comité de Direction un séminaire de deux jours de sensibilisation à l’Intelligence Artificielle. On y a beaucoup parlé de possibles, on s’y est inquiété de risques, on est ressorti impressionnés de la portée d’analyses réalisées par un LLM, tout en pointant quelques erreurs flagrantes.

Cette entité fait partie d’un groupe multinational. Ce groupe a un plan ambitieux de déploiement de nouvelles solutions – le nouvel ERP, ou un APS « leader » du marché. Ce programme coûte des millions, et concernera cette entité dans 18 mois – ou 2 ans, ou 3 ans – ou plus, car on sait tous, sans l’avouer, que ça prendra du retard.

La tentation de l’attentisme

Confronté à ces incertitudes, et pris dans un tourbillon d’urgences opérationnelles, de contraintes règlementaires, de lancements de nouveaux produits et de nouveaux services, de difficultés de recrutement pour d’entourer des bonnes compétences, grande est la tentation pour le chef d’entreprise de ne rien faire pour le moment. C’est trop confus pour lancer une initiative pertinente.

Pour ceux d’entre-nous qui sont exposés à la réalité des entreprises industrielles de ce 21ème siècle, nous savons que le quotidien est fait de systèmes ERP hérités des années 90 et de feuilles de calcul.

Donc ne rien faire signifie laisser ses équipes se débattre entre un système ERP obsolète, un labyrinthe de fichiers Excel, et une Business Intelligence jolie mais lacunaire. Les décisions sont lentes, ne sont pas nécessairement étayées par des données, et possiblement les résultats opérationnels s’en ressentent : livrer à temps, disposer du bon stock, exploiter à bon escient les ressources de l’entreprise. Accessoirement ceci ne fournit pas aux équipes un environnement de travail efficace et qui a du sens – c’était peut-être acceptable pour les générations précédentes, mais les digital natives qui ont rejoint nos équipes ne s’en satisfont pas.

De mon expérience de 40 ans dans l’industrie, le risque de l’attentisme a toujours été bien plus grand que le risque pris dans une initiative de transformation.

L’expérimentation – de nouvelles pratiques, de nouveaux outils - est la mère de l’apprentissage et de l’évolution – dans la nature comme en entreprise.

Quelle direction prendre ?

Résumons, en tant que chef d’entreprise, trois options de transformation s’offrent à vous :

  • Poursuivre la direction du tout ERP. Cependant vous êtes inquiet, à juste titre, de la vitesse d’évolution très lente de ces dinosaures. Confier tous ces processus métiers et leur amélioration continue à un système qui évolue si lentement, est-ce la solution ? A propos, avez-vous un seul ERP ou une grande diversité de systèmes différents dans votre entreprise ?
  • Faire le saut quantique de l’IA. Etablir des compétences internes, ou faire appel à des consultants, qui grâce à l’IA vont outiller vos processus métiers. Personnellement ça me rappelle furieusement l’ère des développements maison autour des systèmes ERPs, et de ces multiples « citizen developers » qui ont développé au fil des ans des Excel ou des bases Access pour les plus anciens d’entre nous… ça pourrait bien nous promettre un futur chaos d’agents IA disparates, ne pensez-vous pas ? Est-ce que le cœur de métier de votre entreprise industrielle est de livrer vos clients, ou de livrer du logiciel de qualité pour supporter vos processus ?
  • Il reste les acteurs du SaaS, ces éditeurs de solution Best of Breed. Leur cœur de métier est de transposer les besoins d’entreprises en solutions logicielles, de manière agile avec de nouvelles versions fréquentes, en fédérant des informations issues d’ERP divers, en bénéficiant des retours d’expérience de multiples entreprises. Ces acteurs allient des équipes d’expert métiers et des développeurs, et adoptent activement les apports de l’Intelligence Artificielle, car ils ont les compétences et l’agilité pour transposer les promesses en solutions.

La véritable question que vous devez vous poser est : quelle est la solution la plus rapide, la plus efficace et la moins coûteuse pour permettre à mon entreprise de progresser rapidement et de manière pérenne ?

La SaaSpocalyse n’arrivera pas, sauf si…

Vous allez me dire, en tant qu’éditeur de solution SaaS Best of Breed avec Intuiflow, mon avis est biaisé, et j’en suis d’accord. Cependant mon expérience de l’industrie et des solutions digitales me fait penser que l’avenir est à recentrer l’ERP sur sa fonction transactionnelle, et de confier le décisionnel aux solutions SaaS.

Ceci nécessite pour les éditeurs de logiciel d’éviter quelques écueils :

  • Les solutions SaaS doivent intégrer les outils pertinents de l’IA. Pas parce que ça brille, mais parce que ça enrichit les fonctionnalités et facilite les décisions. Par leur expertise métier et technique ces entreprises ont les bonnes compétences pour mettre cette transition en musique.
  • Les solutions SaaS doivent rester agiles, sinon elles deviendront les dinosaures ERP de demain. C’est déjà le cas aujourd’hui de certaines solutions de Supply Chain Planning à « leader » - à l’origine innovantes – qui sont devenues extrêmement chères et peu évolutives. Sélectionnez un acteur dont les équipes sont à la fois suffisamment grandes pour disposer de la capacité d’investissement technologique, et structurées en petites équipes agiles pour délivrer de la valeur en délai court.
  • Les solutions doivent reposer sur des principes métier solides. Les mirages de la technologie ne doivent pas faire oublier le bon sens.

Toute ressemblance avec Algo serait tout à fait fortuite… mais si vous cherchez votre voie, n’hésitez pas à nous contacter pour faire le point sur vos besoins !