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Valeur et limites des formations certifiantes en Supply Chain

Par Bernard Milian
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Nous arrivons parfois dans les métiers Supply Chain de manière détournée. Les formations initiales en Supply Chain se sont développées ces dernières années, mais bien souvent les acteurs des équipes supply chain – planificateurs, responsables ou directeurs – ont une formation initiale autre.

On rencontre dans ces équipes des transfuges de la production, des achats, des spécialistes de langues étrangères, de la finance, ou même, comme moi, des électroniciens égarés…

La pluralité des profils est une richesse pour l’équipe Supply Chain – elle facilite l’interaction avec les autres fonctions de l’entreprise – si vous avez une expérience de production vous êtes plus légitime et pertinent pour mettre un peu de pression à vos partenaires dans l’atelier, et à trouver avec eux des solutions.

La contrepartie est qu’il peut y avoir un manque de technicité sur les bonnes pratiques Supply Chain à mettre en œuvre. Dans certaines entreprises, on pense que la supply chain est juste une affaire de bon sens – et donc, si vous avez du bon sens et un peu d’envie d’en découdre avec le stress du quotidien, venez donc nous rejoindre !

J’ai fait ce parcours en début de carrière : venant d’une formation technique, je me suis retrouvé à faire de la supply chain dans ma première usine, sans autre bagage théorique. J’ai essayé d’apprendre de mes pairs et de bouquiner un peu, mais franchement avec le recul j’ai beaucoup tâtonné et commis quelques grossières erreurs.

Après quatre ans de pratique j’ai eu la chance que mon employeur de l’époque m’inscrive à un parcours certifiant, le CPIM de l’APICS (aujourd’hui ASCM). La formation était exigeante, très riche, mais m’a apportée beaucoup :

  • Un vocabulaire commun, qui a facilité les interactions avec les autres équipes et sites de l’entreprise,
  • Un partage de connaissance et du benchmark avec les autres participants à la formation : « et toi, comment fais-tu ton S&OP ? »
  • Plus d’assurance dans ma pratique opérationnelle, en suivant un canevas reconnu – le modèle MRP2

J’ai ensuite mis en pratique, buté sur quelques obstacles, j’ai appris en complément par la pratique les techniques de flux tiré lissé – et j’ai continué à apprendre au fil de plus de 35 ans de pratique. J’ai eu l’opportunité au-delà du CPIM d’origine de passer le CIRM (aujourd’hui disparu), de suivre le parcours Black Belt Lean 6 Sigma, ainsi que les certifications du Demand Driven Institute dont je suis formateur.

L’apport de ces formations pour moi a été indéniable. Le fait de devoir passer une certification est aussi clé – non par la reconnaissance que ça apporte avec un badge sur LinkedIn, mais par le fait que ça oblige à travailler, à creuser le sujet, à se poser des questions.

Je ne saurais donc que vous encourager à sortir de vos urgences opérationnelles et à prendre du recul, car c’est l’adaptation de méthodologies qui permet d’améliorer les processus et de délivrer des résultats opérationnels.

La difficulté que vous risquez de rencontrer est que les produits de formations certifiantes supply chain ont proliféré ces dernières années. Qui plus est, ces parcours font souvent référence à une école de pensée. On devrait faire comme ceci et non comme cela. MRP, Lean 6 Sigma, Théorie des Contraintes, Demand Driven – autant d’écoles de pensées qui parfois confinent à la croyance, et qui ont leurs partisans et détracteurs. Les formats ont aussi évolué, avec des offres en ligne sans rencontre physique.

Voici quelques recommandations qui n’engagent que moi pour vous guider dans la sélection de contenu de formation et enrichir votre parcours:

  • Quelle que soit la formation que vous suivez, exercez votre sens critique, la qualité première en supply chain (en complément du bon sens, bien sûr)
  • Vous devez connaître les fondamentaux du MRP, tout simplement car c’est au cœur des systèmes ERP actuels, et des pratiques courantes de multiples entreprises. Comme beaucoup je pense que le MRP n’a jamais été suffisant et est de plus en plus inadapté, mais pour le faire évoluer il faut bien le connaître.
  • Apprenez les techniques de flux tiré – Lean, TOC, et bien sûr le contenu du Demand Driven Institute. Faites-le via les cours, les livres, les jeux, l’expérimentation, la pratique opérationnelle. Il y a énormément de matière disponible, hissez-vous sur les épaules des géants qui ont exploré ces domaines, Shigeo Shingo, Taiichi Ohno, Eli Goldratt, John Shook, Carol Ptak, Chad Smith et les autres. Ne les opposez pas – pensez « comment combiner ce contenu ? »
  • Sélectionnez des formateurs qui sont pragmatiques, qui ont une forte expérience opérationnelle, et qui ne vont pas essayer de vous vendre un dogme ou un logiciel.
  • Si vous le pouvez, passez des certifications – ça permet de creuser le sujet et de le comprendre en profondeur.
  • Rencontrez d’autres praticiens de la supply chain, dans d’autres domaines que le vôtre. Comparez vos pratiques. Utilisez des référentiels de bonnes pratiques. Remettez-vous en cause en permanence.
  • Et surtout, surtout : expérimentez, apprenez de vos erreurs, continuez à apprendre, encouragez l’expérimentation et l’amélioration continue au sein de vos équipes. N’ayez jamais de certitudes : doutez, et continuez à apprendre en permanence !

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